La Rythmique Peinture

 

Emmanuel DILHAC conçoit la peinture en plans de portées successifs sur lesquels les matières, les grains de notes en couleur s’inscrivent en se renouvelant à chaque composition, dans un sens vertical ou horizontal, parfois en rôle d’alternance ou s’entrecroisant, se chevauchant en une vaste étendue.

Il donnera le nom de "Rythmique Peinture" à cet essai d'esthétique panoramique, et ses tableaux deviendront de véritables partitions, confectionnés à base de matériaux de bois, de sable, de terres, d’ocres utilisés avec de multiples procédés, colorés d'acrylique sur reliefs.

Certains ouvrages accomplis peuvent atteindre en longueur plusieurs mètres, voire plusieurs dizaines de mètres. 

A défaut d’espace mural suffisant, l’artiste installe ses œuvres sur des planches reposant sur des aplats.

 

On découvre assez souvent dans ses tableaux, panneaux et coffres, un aspect de colonnes, d’envolées totemniques rapprochées témoignant d’une volonté d’architecturer, d’affirmer, d’étendre dans un souci d’élévation, d’une marche permanente pour une mutation entrevue, l’empreint d’un chemin étroit, une introspection active, des points d’interrogation soulevés, mis en avant ou peut-être en suspens, une recherche vive, un élan, d’autres points de suspension ou d’orgues pour un instant de vie et de sa complexité: un possible essai de dégagement. 

 

S’accumulent des séries denses où il projette une vision spatiale faite de mouvances lumineuses, de points phares, de repères,

de signaux qui glissent, se répètent à nouveau; compositions par étages avec des espaces modulés qui ajoutent aux rythmes

et font partie de l’œuvre.

Ces espaces sont des respirations, des silences, des modulations, des repos avant quelque rebondissement,

de relance dans l’unité d’une installation, d’un assemblage.

On remarque précisément telle profusion d’images sur un thème donné: un hommage rendu à l’eau dans tous ses mouvements (l’artiste utilise ici des tons de sable clair encollé sur bois comme pour faire corps avec la création-mère d’où peuvent s’élever, issus du minéral et du végétal, l’esprit et la pensée.) 

On remarque encore la confection d’un inventaire de formes élucidées à travers les fossiles ou vers l’ailleurs. Quand il se donne encore à écouter et à rejoindre par le geste et la couleur les chants et les mystères des mondes, Emmanuel Dilhac agit sans cesse “en correspondances de signes et de sons".

Les titres de ses œuvres reflètent bien par les mots son travail d’intériorité, de recherches et de découvertes, voire de symboliques:  "Les Menhirs-Cathédrales", "Les Fécondités", "Les Filigranées", "Les Carrémentielles", "Les Sacrémentielles"...

 

L’artiste que l’on disait "touche-à-tout" mais aussi "hors-norme", mène avec ténacité et aussi grande rigueur son approche du puzzle de l’univers, déchiffrant les alphabets organiques du minéral, du végétal et de l’animal ou parmi les volcans, les cours d’eau, parmi ceux issus de notre esprit, établissant ainsi des comparaisons: existerait-il un alphabet fondamental au sein de la Création?

 

Les derniers travaux d’Emmanuel Dilhac montrent une volonté d’établir des contacts avec des fréquences subtiles qui animent les êtres et les choses.

L’artiste déclare volontiers qu’après avoir travaillé sur les sens, il désire encore épurer son travail afin de traduire ou d’entrer dans "l’essence".

 

 Sa peinture rejoignant évidemment la musique contemporaine. 

Emmanuel Dilhac : Peintre et Chaman

 

"Il n’y a qu’un poète et c’est Dieu. Nous ne sommes que des copistes".

Cette belle définition que me lança un jour Henri Pichette réjouira sans doute le cœur d’un homme comme Emmanuel Dilhac.

Ne s’est-il pas lui même dépeint comme étant le "copiste des vibrations de l’univers"!

Originaire d’une famille sensible au langage artistique, Dilhac ouvrit très tôt ses sens et son esprit au monde de la création qui est aussi re-création.

 

Ainsi, ce qui pour d’autres eût relevé du superficiel devint pour Emmanuel une sorte de terre d’élection.

De fait, il n’est pas de domaine artistique que Dilhac n’ait un jour ou l’autre désirer connaître ou expérimenter de l’intérieur. Peintre et graveur de formation, il arpenta abondamment les voies de la chanson, de la musique et de la poésie, s’intéressa un temps à l’expression corporelle et poussa assez loin ses recherches de sculpteur.

 

Mais c’est d’abord au plasticien, à l’inventeur de formes que je pense aujourd’hui en rassemblant ces lignes.

Observateur infatigable du spectacle de la nature, Dilhac y a depuis longtemps décelé un matériau de choix,une matière première pour asseoir sa quête personnelle.

Cependant alors que beaucoup de peintres ne voient en elle qu’une série de paysages à reproduire sans la moindre imagination, Dilhac éprouve une étrange jouissance à scruter le détail infime, qu’il s’agisse d’un fragment d’écorce, de l’élytre diaprée d’un insecte, d’un vieux galet poli par le mouvement d’un flot ou de la tige gracile de quelque graminée.

 

Cette fantastique exploration lui a, au fil des mois et des années, révélé de nombreuses parentés entre le monde de l’homme

et le mystère du cosmos. Dilhac essaie de relier ce que deux siècles de scientisme ont eu tendance à séparer et,

s’il croit au génie de l’homme, il ne reconnaît pas à ce génie le droit de tout réduire au caprice de sa propre loi.

Il le pousserait bien au contraire, à respecter la vie dont il a tiré sa puissance.

 

Nous savons aujourd’hui que rien n’est tout à fait neutre.

L’observation d’un phénomène tient compte de l’observateur,

ce dernier devenant un élément de l’expérience.

Au fur et à mesure que l’œuvre se dépose, comme se déposent des sédiments, l’artiste fait de son être même l’objet de la métamorphose. Dilhac pratique la peinture à la manière d’une prière, d’une voie de purification.

Tout ce qu’il a produit au cours de ces dernières années fourmille de présences singulières, comme si la longue fréquentation du monde visible l’avait peu à peu habitué à capter l’invisible.

L’artiste est un champ de forces. Il reçoit un flux d’énergies qui ne sont en aucune façon sa stricte propriété.

Sa vie ne pourra s’éclairer que dans le sacrifice renouvelé de sa personne, de son identité bien éphémère.

A travers son travail, il s’efforce de rejoindre l’éternel, la source immaculée de l’être, cette présence au monde que l’enfant possède d’instinct.

J’ai toujours soupçonné Dilhac d’être un artiste de premier plan, même lorsque nous n’étions que quelques uns à le connaître.

S’il ne s’impose que lentement auprès du grand public, il est de ceux qui laissent de leur passage une impression durable,

un sentiment sans équivoque.

Impossible quand on l’a rencontré  de rester tout à fait le même, car il relève de cette espèce qui remue en vous des questions,

qui vous fait accéder de plain-pieds à vos ressources les plus secrètes et stimule en chacun les forces créatives latentes.

"Je ne veux aucune charge négative dans ma peinture" écrit-il.

"Nous ne sommes pas là pour corrompre le présent, mais pour alléger même les temps à venir".

Je connais plus d’un créateur auquel cette formule pourrait être d’un grand profit!

 

Face au désordre croissant du monde, l’artiste a sans doute mieux à faire que d’imposer son propre désordre ou l’image déprimante de son triste chaos intérieur.

Pour Dilhac,          "le travail se fait en silence, à l’intérieur du temple, pas avec les marchands".

Nous sommes à l’évidence aux antipodes des séductions faciles, des modes fugaces et de la désolante "actualité".

Dilhac est l’homme de la fraternité sans borne.

Son amour pour la doctrine de François d’Assise illustre l’infini respect qu’il voue à toute forme vivante.

Même les corps inanimés revêtent pour lui une signification sacrée et je vois dans l’ensemble de son œuvre un acte philosophique et religieux.

La graine y est célébrée au même titre que l’arbre, l’oiseau frôle de son aile la majesté de la montagne,

les signes humains côtoient les traces des plus humbles espèces animales.

Dans sa manière d’appréhender les multiples faces du réel, Dilhac a quelque chose à voir avec le chamanisme.

C’est une sorte d’intercesseur, de médiateur privilégié entre le monde humain et celui des forces cosmiques éternellement à l’œuvre sous nos yeux.

Ce qu’il cherche à atteindre ne relève pas de l’ambition vulgaire.

Son propos ne s’est jamais limité à la simple accumulation.

Pour Dilhac, l’œuvre ne vaut qu’en tant qu’exemple vivifiant.

Il voudrait tirer l’homme de sa léthargie profonde pour lui ouvrir les portes d’une perception universelle, une perception qui le rendrait solidaire de tout "Le créé".

                                                                                        Luis Porquet (poète, écrivain et journaliste)

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